Francesca Di Bonito MIGRATIONS – 2018

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Migrations est une recherche sur les flux cycliques qui habitent les corps biologiques et sociaux. Une expérience visuelle qui étudie, au sens large, l’ensemble des phénomènes de déplacement et de transformation des vivants.

 

Les migrations y sont données à voir comme des flux géographiques motivés par des impératifs économiques et politiques, mais aussi comme des flux temporels où l’individu se retrouve confronté à la puissance des cycles de la vie – reproduction, naissance, vieillissement, mort. Les cycles biologiques (corps vivants) et les déplacements de populations (corps sociaux) se retrouvent ainsi dans un même mouvement, tous deux étant des élans naturels et impérieux qui s’interpénètrent.

 

Flux, reflux. De ce mouvement perpétuel naissent des désirs d’ailleurs, d’une existence autre. Un fantasme de terre promise, qui aujourd’hui, sous les pressions démographiques, politiques, économiques et environnementales prend un sens quasi mystique. Cette dimension onirique, presque magique, est au centre de son travail artistique.

 

Migrations est un travail photographique et plastique où, opérant à la frontière entre réel et fiction, j’emploie des signifiants et des atmosphères qui trouvent leurs sources dans les flux marins, dans les terres isolées, dans les habitants de côtes insolites et de paysages lointains. L’eau des océans et des mers est en effet un punctum important de ce projet. L’eau, cette surface lisse et mouvante, sur laquelle on ne saurait poser le pied sans s’y engloutir. Il suffit pourtant d’y flotter pour avancer, traverser cette étendue liquide et découvrir d’autres terres fermes, d’autres continents. Les voies d’eau ont toujours été des passages, d’un univers à un autre, d’une culture à une autre. Un obstacle aussi, l’essence même de l’inconnu, avec la peur qu’il engendre.

 

Mais l’obstination de l’humanité en a eu raison, et a franchi ainsi de bien plus vastes espaces encore que ceux de la terre émergée. Parce qu’il est dans la nature de l’humanité d’être en perpétuel mouvement, de se confronter à l’impossible pour accomplir sa destinée. Mes images sont des recréations de cette dynamique inéluctable, de cette volonté absolue de dépasser le cadre restreint d’un univers qui serait uniquement terrestre. Si l’eau nous constitue, si elle nous a donné vie, elle entre également en résonance avec nos mouvements, au même titre que les vagues ou les marées. En associant artéfacts et images d’anonymes, je recompose l’univers psychique de ceux qui, poussés par le courage ou le désespoir, ont entrepris d’affronter l’eau et la mer. Et je donne une parole silencieuse à ces cultures mêlées, aussi semblables et différentes que les vagues.

Reliques actuelles est un hommage plastique aux victimes des flux migratoires des dernières années. Par le choix d’une pratique autre que la photographie directe sur le terrain, loin du répertoire médiatique habituel, les dispositifs des reliquaires construisent un document où la photographie est à la fois témoignage et matériau.

L’œuvre se constitue de visuels anonymes, tirés d’archives web, intégrés au sein de coquillages grâce à une pratique artisanale qui fait écho aux reliquaires religieux et baroques. Dispositifs symboliques et mémoriels, ces objets détournent le rapport de vénération et de réconfort propre à la relique sacrée.

Reliques actuelles fige en effet la présence déstabilisante de l’immigré anonyme.

Le sujet s’extrait ainsi de sa disparition pour occuper un espace vivant, celui d’une mémoire vigilante et d’un témoignage actif.

 

Francesca Di Bonito (1978, Italie), vit et travaille à Paris depuis 2004. Elle puise dans ses études artistiques et dans son expérience du reportage la matière d’une œuvre hybride et protéiforme. Photographe plasticienne, elle interroge les dynamiques sociétales au centre des enjeux contemporains. Le médium photographique est le matériau narratif autour duquel évoluent et se construisent ses récits plastiques. Francesca Di Bonito emprunte au répertoire médiatique ses outils et ses actualités, pour les fondre dans l’expérience artistique. Une métamorphose de l’information s’opère ainsi, par le détournement du visuel documentaire et de sa lecture.

 

 

ES :

Migrations es una investigación sobre flujos cíclicos que habitan en cuerpos biológicos y sociales. Una experiencia visual que estudia, en un sentido amplio, todos los fenómenos de desplazamiento y transformación de los seres vivos.

 

Las migraciones se ven como flujos geográficos movidos por motivos económicos u políticos, pero también como flujos temporales donde el individuo se enfrenta al poder de los ciclos de la vida – reproducción, nacimiento, crecimiento, muerte. Los ciclos biológicos (cuerpos vivos) y los desplazamientos de poblaciones (cuerpos sociales) se encuentran así en el mismo movimiento, siendo ambos impulsos naturales que se interrelacionan entre ellos.

 

Flujo, reflujo. De este movimiento continuo nacen deseos de otros lugares, de otras existencias. La fantasía de la tierra prometida que hoy, bajo las presiones demográficas, políticas, económicas y ambientales adquiere un significado casi místico. Esta dimensión onírica, casi mágica, es el centro de su trabajo artístico.

 

Migrations es un trabajo fotográfico y plástico que, trabajando en el límite entre la realidad y la ficción, usa atmósferas relevantes que tiene su origen en el flujo marino, en tierras aisladas, en los habitantes de tierras insólitas y lugares lejanos. El agua de los océanos y del mar son un hecho importante en este proyecto. El agua, esa superficie lisa y en movimiento sobra la que no puedes posar un pie sin ser devorado. Sin embargo, es suficiente con flotar para poder avanzar, atravesar esta extensión líquida y descubrir otras tierras firmes, otros continentes. Los cursos del agua han sido siempre pasajes de un universo a otro, de una cultura a otra. Es también un obstáculo la esencia misma de lo desconocido, con el miedo que lo engendra.

 

Pero la obstinación de la humanidad tenía razón, así ha cruzado espacios aun más vastos que los de la tierra emergida. Porque está en la naturaleza de la humanidad estar en perpetuo movimiento, enfrentarse a lo imposible para cumplir su destino. Mis imágenes son recreaciones de esta valiosa dinámica, de este deseo de ir más allá del marco restringido de un universo únicamente terrestre. Si el agua nos constituye, nos da la vida, entra en resonancia con nuestros movimientos, igual que las olas y las mareas. Conjugando sistemas y fotografías de anónimos, recompongo el universo psíquico de aquellos que, movidos por el valor o la desesperación, se han comprometido a abordar el agua y el mar. Y doy una voz silenciosa a esas culturas mixtas tan similares y diferentes como las olas.

 

Reliques actuelles es un tributo a las víctimas de los flujos migratorios recientes. Al elegir una práctica diferente a la fotografía directa en el campo, lejos del repertorio habitual, los dispositivos relicarios construyen un documento donde la fotografía es a la vez testimonio y material. El trabajo consiste en imágenes anónimas, tomadas de webs, insertadas en conchas gracias a una práctica artesanal que recuerda a relicarios barrocos. Objetos simbólicos y conmemorativos, estos desvían la relación de veneración y confort propias de la religión sagrada.

Las reliquias actuales realmente congelan la presencia desestabilizadora del inmigrante anónimo.

El sujeto se extrae así de su desaparición para ocupar un espacio vital, el de una memoria vigilante y un testimonio activo.

 

 

Francesca Di Bonito (1978, Italia), vive y trabaja en París desde 2004. Ella se basa en sus estudios artísticos y en su experiencia en el reportaje el tema de una obra híbrida y proteiforme. Fotógrafa plástica, cuestiona las dinámicas sociales en el centro de los problemas contemporáneos. El medio fotográfico es el material narrativo alrededor del cual evolucionan y se construyen sus historias plásticas. Francesca Di Bonito toma prestado del repertorio mediático sus herramientas y noticias para fundirlas con la experiencia artística. De este modo se produce una metamorfosis de la información, mediante el desvío de la documentación visual y su lectura.

 

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